lundi 16 octobre 2017

La potentialité

La créativité, quand elle sera reconnue comme la véritable potentialité opérante qui survient sur les autres facultés à l'instar de la raison, supprimera les beaux arts qui façonnent des mondes imaginaires.
En effet, nous comprenons mal ce qu'est la créativité. Nous croyons classiquement qu'elle affecte nos facultés dans le monde imaginaire, alors que sa véritable fonction est de jouer sur la transformation dans le réel, le fait de façonner des mondes, non pas fictifs, mais réels. 
Autrement dit, le but de la fiction n'est pas un mystère - il ne l'est que tant qu'on prend la fiction pour sa propre fin, dans un autotélisme indéchiffrable. Mais si on comprend que le but de la fiction est de prévoir la transformation du réel par les bons soins de l'homme, alors la créativité est encore à venir.
Dernière précision : la créativité n'est pas la création. On perçoit la raison comme une faculté, à juste titre. Mais cela implique qu'elle soit donnée et peu modifiable. Si l'on percevait la créativité comme une nouvelle faculté encore inconnue, on l'appellerait la création.
Or on l’appelle la créativité, parce qu'elle n'est pas donnée, mais  qu'elle intervient comme potentialité toujours modulable et extensible si on l'utilise vraiment, ce qui n'est pas encore le cas. Si on ne l'a pas encore remarqué, c'est parce qu'elle n'est pas une faculté. Sinon, une telle distraction serait invraisemblable.

mercredi 4 octobre 2017

Nostalgie

Nous sommes des nostalgiques de l'être et nous espérons nous réaliser en le redupliquant en Être.

jeudi 28 septembre 2017

Le principe du caché

Le problème de fond du complotisme n'est pas d'estimer que l'essentiel est caché (tant il est vrai que l’activité principale de la connaissance est de rendre visible ce qui est caché, comme le plus important), mais d'estimer qu'il doit le rester - qu'il ne peut demeurer visible.
Ce faisant, il estime de manière contradictoire que le caché ne peut être dévoilé. Dans ce cas, comment lui se trouve-t-il au courant de ce grand secret jalousement conservé par les comploteurs tout-puissants et maléfiques? Nous nous trouvons en face d'une position typiquement contradictoire.
Dans la réalité, le caché constitue tout au plus un étape dans le processus de la connaissance. Dans le délire complotiste, le caché constitue le fondement du réel, sa stabilité comme son explication. Où l'on voit l'imposture advenir, c'est dans la définition de l'explication, qui n'est reconnue que dans la mesure où elle est inexplicable et secrète.
Dans ce cas, il ne s'agit plus d'une explication, mais d'une définition paralogique. On en revient à l'idée du secret comme explication contradictoire. Tout ce joyeux délire n'est possible que parce que le complotisme rencontre son succès par temps de crise et par gros temps.
Autrement dit, c'est parce que l’explication officielle ne fonctionne plus que surgit des alternatives grotesques, qui ne seraient pas possibles en temps normal. Normalement, la connaissance finit par rendre visible le caché. Quand cette activité ne fonctionne plus bien, il faut expliquer cette faillite.
Où l'on voit que le complotisme se présente comme une théorie de contestation, alors qu'il sert à conforter le rapport de forces tel que l'instaurer le régime en crise, qui est un régime nécessairement de type oligarchique. On constate donc que le complotisme travaille pour ceux qu'il prétend dénoncer en les établissant comme inconnaissables et impossibles à déboulonner.
Le complotisme est une explication de la crise qui la juge inévitable, une théorie du mal, selon laquelle la domination par le mal est nécessaire. Le caché, c'est l'idée selon lequel le mal triomphe.
Il ne peut y avoir de bien caché. Le bien est forcément visible et s'il ne l'est pas (encore), c'est qu'il n'a pas été décelé.

samedi 1 juillet 2017

Supériorité de la découverte

Comment l'enfant passe-t-il du mimétisme à la créativité? Autrement dit, comment découvre-t-on, vu que découvrir implique un principe supérieur au précédent? D'où vient cette structure?
C'est sans doute ce qui explique le transcendantalisme : si l'on progresse, c'est qu'à la base il existe un principe qui est déjà transcendant et qui amène logiquement à progresser y compris dans l'immanence.
Si l'internalisme cartésien propose une vision tronquée du réel, comment expliquer que la découverte s'effectue depuis le sujet connaissant (raison du succès du cartésianisme dans l'époque moderne : il explique la question "pourquoi il faut que l'impulsion parte du sujet?", en la réduisant à l'affirmation : "Le plus important se déroule dans le sujet")? 
C'est que la créativité n'est pas la création. Le donné n'est pas la potentialité. Elle n'est pas déjà donnée, mais toujours à faire. Ce qui implique qu'elle se tienne dans n'importe quelle forme actualisée, prête à découvrir dans son potentiel. 
Raison pour laquelle on pose mal le débat quand on se déchire entre internalisme et externalisme : car la créativité se tient autant dans le sujet que dans son extériorité. Elle ne vient pas de l’extérieur ni de l'intérieur, mais d'un potentiel qui est partout présent, qui de ce fait peut être actionné de n'importe quel endroit par n'importe quel individu.
Ìci le point de départ ne signifie pas la vérité, mais juste qu'il faut bien commencer par un point. Il a son importance, à condition de préciser que la potentialité est la véritable raison de sa progression et qu'elle s'avère surtout imprévisible.
On ne sait à partir de A qu'on doit aller vers B, sinon le chemin aurait déjà été parcourus et il n'y aurait plus besoin que de retrouver la vérité. C'est la thèse, fausse, de Platon, avec la réminiscence.
En réalité, nous avons le potentiel de bien faire, mais la vérité se tient plus dans nos créations que dans une hypothétique et fantasmatique origine.
Il faut seulement qu'un sujet serve de rampe de lancement, d'où l'erreur internaliste selon laquelle la créativité se tient dans le sujet. De plus, si la créativité est un potentiel omniprésent au sein du réel, elle ne peut être actionnée que par une catégorie bien spécifique de sujets capables : l'homme joue un rôle crucial dans cette affaire, puisqu'il est le meilleur en ce domaine, et peut-être aussi le seul (en tout cas connu). 
La découverte s’explique ainsi par un phénomène qui est déjà contenu et donné dans son expression, tout en lui étant capable d'en sortir un contenu plus large et supérieur. Raison pour laquelle la créativité s'avère à la fois omniprésente et supérieure à sa cause. 
De telle sorte que découvrir se montre différent et supérieur à celui qui découvre, alors que si l'on se tient dans un monde donné, la découverte n'est pas possible, ni envisageable. 
Reste à préciser que l'interne et l'externe sont des catégories qui valent dans une conception figée et donnée du réel, un monde clos, alors que le propre de la créativité est de n'être possible que dans la possibilité de sortir de ce donné, de l'agrandir, de le changer, de l’étendre.
Dès lors, le réel est extensible et non figé et fixé une bonne fois pour toutes. Passer du métisse à la créativité est chose d'autant plus aisée que le principe de la créativité se retrouve partout et que pour l'actionner, il suffit juste d'en avoir conscience et de ne pas se laisser happer par l'idée selon laquelle la créativité est inféodée au mimétisme, ce qui est le cas de toute notre éducation et de tout notre apprentissage, notamment dans les diplômes.

mardi 27 juin 2017

L'irrationalisme complotiste

Le complotisme fonctionne sur le fantasme et l'illusion selon lesquelles les comploteurs possèdent un pouvoir supérieur aux autres hommes, qui leur permet de réussir leur complot là où les autres échouent.
Raison pour laquelle ceux qui sont considérés comme tels représentent un petit nombre d’individus aussi malfaisants que tout-puissants.
Il signifie que le moyen de faire l'histoire repose sur le complot. Vu qu'on ne sait expliquer ce qui cause les changements, on tient enfin l'explication qui en plus explique tout et, deuxième mérite, qui s'avère passionnante, surfant sur le sensationnalisme (les comploteurs sont cachés et dotés de forces paranormales, ce qui assure le caractère excitant de leur découverte).

Le complot a classiquement un sens négatif : se mettre à plusieurs pour nuire à un autre. Mais ici il s'agit d'un objectif bien plus ambitieux, et même de l'objectif le plus ambitieux : maîtriser le cours de l'histoire de cette manière. 
Dès lors, le complot représente le moyen supérieur de créer, au sens où il parvient à allier, dans une influence extraordinaire, le négatif et la supériorité.
Dans cette configuration, la création ordinaire, limitée et imparfaite, est moins influente que le complot, ce qui signifie que le positif auquel l'homme peu accéder est inférieur au négatif, il est vrai surhumain. Il s'agit d'un raisonnement contradictoire, qui se permet cette entorse parce qu'elle fonctionne sur le surnaturel.
Dans la réalité, l'interprétation complotiste se révèle outrancière. S'il est vrai que les complots sont légions dans l'histoire humaine, c'est parce que l'homme est libre de ses choix d'action, y compris donc de comploter de manière désespérée et d'échouer.
Mais cette liberté est limitée, en ce qu'elle se montre inféodée à la créativité. Le négatif est inférieur au positif dans le schéma effectif. Selon le schéma complotiste, c'est la loi du plus fort qui dirige le monde, selon le schéma schopenhauerien (le réel est négatif de part en part, toute positivité en est absente).

En précisant que le plus fort est ici paré de pouvoirs surnaturels, ce qui permet à cette pseudo loi de devenir viable, ce qui dans le réalité n'est pas le cas (c'est même la raison pour laquelle la loi du plus fort est décriée, alors qu'elle est la plus répandue).
Le complotisme exprime une pensée de l'absurde et du pessimisme, qui surgit en temps de crise, quand on perd ses repères, au point de s'en remettre à des explications saugrenues. Au moins les repères sont-ils clairs : c'est le mal qui dirige le monde, un mal qui est à la fois surnaturel (comme le diable) et humain.
De ce fait, le complotisme constitue un curieux assemblage de mystique occultiste dans un monde rationalisé jusqu'à l'absurde.

samedi 3 juin 2017

Jeu, set et match

On peut partir du jeu pour créer une analogie avec le réel, à condition de rajouter l'élément de la malléabilité, qui est l'expression positive et affirmative de l'infini négatif. Dès lors, le jeu apparaît pour ce qu'il est : une transition qui doit permettre à l'enfant en développement neurologique et affectif d'accéder à ce qui n'est pas compris dans le jeu et qui fait la spécificité du réel.
Cette dimension de créativité, selon laquelle nous avons la disposition pour ajouter des éléments au donné. Certes, la créativité implique un apport qui dépend de nous, mais surtout, il importe de remarquer que c'est le réel qui se montre créatif.
Plus encore, on parle de créativité comme d'une propriété externaliste et sans laquelle le réel n'est pas compris : il est indépendant et évolutif, d'où l'idée de malléabilité. Alors que le jeu est fixé sur ses règles.
Si l'univers était mimétique, alors l'homme pourrait être indépendant, souverain, ce qu’avait bien compris Spinoza. Mais l'univers n'est pas construit sur le mimétisme, mais le mimétisme n'est qu'une étape d'une propriété supérieure qui s'appelle la créativité. De ce fait, l'univers se trouve en voie de construction, ce qui implique que nous contribuions à le construire.
Alors nous ne jouons plus. Nous sommes dans le durable.

lundi 15 mai 2017

Le sujet masqué

Descartes a cru que le sens qu'il avait découvert, s'il est utilisé avec rigueur, se situe au niveau de la vérité. Faisant preuve de naïveté sémantique et épistémique, il n'a pas voulu se rendre compte qu'il promouvait le sens subjectiviste en estimant que c'était la vérité. 
Il réhabilite le sens métaphysique, au moment où la menace expérimentale risque d'opérer la même révolution épistémologique avec la métaphysique qu'avec la physique. Est-ce la véritable intention de Descartes?
Passer pour celui qui a réhabilité la métaphysique. Dans ce cas, Descartes est un héritier d'Aristote, et pas de Platon. 
Son affirmation selon laquelle sa méthode permet de remonter jusqu'à Dieu ne prend manifestement pas en considération le fait que cette définition de Dieu effectue, comme par enchantement, le prolongement transcendant du sens subjectiviste qu'il vient d'isoler. De ce fait, Dieu serait le tout subjectiviste, ce qui représente une contradiction dans les termes.
Dieu n'est pas que le Dieu de l'intériorité, sinon il se montre sérieusement déformé. Cette limitation contradictoire de Dieu s'explique par le fait que Descartes pense avoir découvert le vrai niveau de réel et qu'il peut presque se passer du réel comme quelque chose d'intéressant, mais aussi de superflu.
Ce faisant, Descartes montre qu'il n'est pas intéressé par le problème de la connaissance du réel. Du moment que le sens subjectif se suffit à lui-même, il n'a pas besoin de connaître le réel avec le même niveau de certitude. 
Dans ces conditions, la méthode métaphysique à laquelle recourt Descartes va à l'opposé de l'expérimentalisme et de la vérification. Pour lui, le bon sens découle du sens dans lequel il a confiance. Ce sentiment suffit, justement parce que c'est lui qui le produit. 
De même que le Dieu qu'il trouve n'est jamais que l'option qu'il se fait de ses fondements; de même le réel qu'il établit n'est que la perception que le sujet s'en fait depuis son intériorité. Mais la méthode de Descartes rétablit la croyance typiquement subjectiviste selon laquelle c'est vrai parce que j'y crois et que ma manière de penser fonctionne en adéquation avec le fonctionnement du réel.
Le bon niveau de Descartes est donc une partie du réel, mais la partie qui n'est pas vérifiable, non qu'elle n'existe pas, mais qu'elle ne sera jamais connue sous cette perspective, qui est celle de l'introspection et du langage. 
Dès lors, quel sens fabrique-t-on quand on déclare que le cogito est universel? Qu'est-ce qu'un subjectivisme universel?
Quand les sciences cognitives parviendront à expliquer le fonctionnement de l'esprit, on aura une description précise et objective du fonctionnement neurologique complexe et fonctionnant sur une autre manière que celle qu'on nomme le déterminisme physique, ce qui ne l'empêchera pas d'être de nature physique.
Mais le cognitivisme ne prendra jamais la place du subjectivisme. Le cognitivisme expliquera objectivement le fonctionnement du cerveau, pas subjectivement. 
A cet égard c'est le projet d'universaliser le subjectivisme qui devient aberrant. S'il n'est pas viable, c'est tout le projet cartésien qui s'effondre, car Descartes veut faire de la philosophie de la connaissance, de la métaphysique à partir de la subjectivité universalisée, et pas de la littérature, aussi précise et riche en images soit-elle.
Descartes ne pouvant universaliser la subjectivité, son projet ne fonctionne que s'il est parfaitement rationnel, ce qui n'est pas possible par les seules lumières de la raison. Il faut l'adjonction de la grâce. 
Le raisonnement de Descartes est qu'il a trouvé le chemin qui permet l'obtention de la grâce : elle se trouve ainsi dans l’intériorité. Pour expliquer qu'il ait trouvé un chemin aussi simple, que les autres philosophes le précédant n'ont pas trouvé, Descartes a une réponse tout aussi simple : il est le seul à avoir pensé que c'est par le chemin de l’intériorité qu'on parvenait à l'obtention de la grâce.
Non seulement l'hypothèse cartésienne ne repose sur aucun dogme chrétien, mais en plus elle n'est pas prouvable philosophiquement parlant. Il reste alors à s'en remettre à la grâce indicible et incompréhensible de Dieu, qui a décidé d'honorer Descartes de son aide, et pas les autres. 
On remarquera toutefois que les résultats scientifiques qu'obtient Descartes par cette méthode accouchent d'erreurs monumentales pour son temps, ce qui invalide sérieusement la valeur de la méthode certaine qu'il prétend avoir trouvée..