samedi 14 janvier 2017

Le Bien relatif

Pourquoi les notions de bien et de mal vacillent-elles en ce moment, comme l'exprime le titre de Nietzsche, Par-delà bien et mal? Parce qu'elles sont relatives à un certain domaine de réel. Mais les bornes du bien opposées au mal tracent une limite intérieure curieuse, dans laquelle le mal est fini, quand le bien est illimité (raison pour laquelle la notion de bien diverge de la représentation qu'en propose l'éthique, au début de manière satisfaisante, car elle semble se défaire enfin du moralisme, puis ensuite en révélant qu'elle s'avère en fait tronquée). 
En général, on présente les limites morales comme occupant tout l'espace du réel, mais la prise en compte de l'illimitation du bien, son "infinité", n'étant pas intégrée, cette prétention se montre dès lors exorbitante. Si l'on accepte l'évidence que la morale ne recouvre qu'un certain territoire, ce qui entre en contradiction avec sa volonté de tout évaluer, de tout régenter, de tout connaître, et si le jugement se fonde sur la disposition morale, cela implique que les évaluations portées par l'homme se montrent relatives, au sens, non où l'homme est la mesure de toutes choses, mais où il ne peut s'appuyer que sur des valeurs relatives à l'être. 
Pourtant, c'est cette relativité qui s'avère positive. Autrement dit, la positivité n'a pas besoin d'être absolue, comme incline à le croire une certaine tradition. Il suffit qu'elle soit malléable pour que sa positivité soit compatible avec la relativité. Il en ressort que le bien et les questions de morale ne sont pas prioritaires (c'est l'erreur que l'on peut imputer au moralisme, mais aussi à l'équivalence Bien = Beau = Vrai), erreur qui ne peut provenir que de la croyance exagérée en l’Être, selon laquelle l'Etre s'appuie sur l'équivalence tripartite précédente, mais que l'on parvient à rétablir si l'on s'avise de l'existence complémentaire à l'être du malléable.

vendredi 30 décembre 2016

Concertation

Comment les gens font-ils pour agir d'une manière identique et commune sans se concerter? Le complotiste estime que la concertation généralisée est possible, jusqu'à parler d'un mode de fonctionnement majeur, selon lequel on peut agir ainsi à condition de se cacher. 
Que des complots existent, personne ne le nie. Mais que les complots soient généralisés, voilà le problème. On sait qu'il existent et qu'ils sont cachés, à condition qu'ils soient limités. 
Donc le complotisme confond ce qui relève de la concertation et ce qui n'est pas concerté, en estimant qu'on ne peut présenter tant de ressemblances comportementales sans se concerter.  Pour expliquer une concertation invisible, il recourt à l'explication par le caché : si la concertation n'est pas visible, c'est qu'elle est cachée.
D'où l'importance délirante accordée au complot, qui est attesté historiquement, avec une spécificité historique qui l'arrange bien : l'augmentation des complots en période de crise lui donnent un alibi pour sa théorie, qui commence par être fondée sur une exagération historique sans doute outrancière, puis qui, quand elle verse dans la généralisation abusive, sombre alors dans la paranoïa cette fois inacceptable pour tout esprit raisonnable (c'est-à-dire entendant raisonner sans exagération, ce qui est le propre de la paranoïa).
Le fait que les complots augmentent en période de crise signifie que le mimétisme augmente par manque de repères. Autrement dit, la crise signifie qu'on se réfugie dans le comportement fondamental, qui n'est pas du tout le comportement maximal, mais au contraire le minimal s'il est le point de départ.
Du coup, le complotisme révèle en creux le mécanisme qu'il refuse de reconnaître et qui pourtant constitue l'explication fondamentale, mais pas décisive, du fonctionnement du comportement humain. Il est possible avec le mimétisme de reprendre les comportements d'autrui sans en avoir conscience. 
Pour ce faire, il convient d'expliciter la raison qui meut le mimétisme : quand on dit que l'on reprend les comportements d'autrui sans s'en rendre compte, qu'entend-on par ce terme? On ne reprend en effet pas n'importe qui, de manière aléatoire, mais une catégorie de personnes bien précise : les plus forts.
Ce qu'on nomme les plus forts désigne ceux qui ont atteint le maximum de puissance sociale, avec les valeurs qui vont avec (pouvoir, argent...). Cela implique que cette catégorie n'est pas stable, n'en déplaise aux fantasmes des oligarques sur ce sujet, mais fort versatile, car ce qui est fini l'est dans tous les sens du terme.
On brûle d'imiter le plus fort, car il est la valeur supérieure du fini, tandis que le mimétisme est la faculté propre du fini, raison pour laquelle elle est aussi la faculté fondamentale de l'homme quand il se meut dans le réel. Le plus fort au fond ne veut rien dire. La force implique l'automatisme et la facilité. 
Quand on réfléchit ainsi, on prend le mimétisme pour la loi qui régit le comportement humain, alors que le mimétisme n'est que le fondement à partir duquel l'homme développe ses facultés de créativité. 
Si le comportement humain fonctionnait seulement sur le mimétisme, alors le complotisme serait la bonne interprétation du comportement humain. Qu'est-ce que le complot, si ce n'est la croyance selon laquelle on peut faire fonctionner le monde de l'homme, en estimant que l'homme dispose des moyens de diriger le réel?
Où l'on voit que le complot ne fonctionne pas, c'est qu'il est obligé de recourir aux normes, en guise de lois, de la concertation cachée, minoritaire et influente, comme s'il ne pouvait pas agir au grand jour. Cela signifie que s'il est obligé de se cacher, le complot a une influence limitée, pas forcément sur le moment, car s'il est monté par des gens puissants, son influence peut être très grande, mais sur le terme. Raison pour laquelle les complots finissent toujours par échouer : c'est que leur structure est vite déclinante.
Le complot devient un acte désespéré et promis à l'échec, parce qu'on ne peut diriger la société tout en faisant une concertation cachée. Le complotisme exprime dès lors la fascination exagérée et incroyable, littéralement, pour un domaine (le caché créé et dirigé par l'homme) qui apparaît saugrenu tant qu'il n'y a pas de crise - et qui ne fonctionne en temps de crise que parce que de plus en plus de gens sont tellement perdus qu'ils sont prêts à tout pour entretenir à tout prix le sens dont ils ont l'habitude dans le monde - sans se rendre compte que ce sens est fini, dépassé, et que la bonne nouvelle est qu'il est possible d'en changer.
Le complotisme est une mentalité désuète et réactionnaire, refusant le changement alors que le train est déjà passé. De ce point de vue, il consiste exactement à désigner comme ceux qui dirigent de manière pérenne une caste d'hommes, les "comploteurs-dominateurs", qui ont dû occuper certaines responsabilités, mais d'une manière moindre que celle qui leur est imputée par grandiloquence. En outre, leur domination partielle et surévaluée est soit déjà passée (exemple : les Rothschild), soit en voie de passer (exemple : les Seoud).
Le principe qui disqualifie l'action du complot et qui explique pourquoi il échoue toujours est qu'aucune action publique ne peut être intentée sans qu'elle soit publique. En outre, aucune domination cachée n'est pérenne, car elle repose sur des mécanismes trop aléatoires et imprévisibles.


Les dénonciateurs-complotistes, bien qu'ils s'en défendent, y trouvent la stabilité qui fait défaut, dans le réel. Le monde complotiste est peut-être un monde affreux et condamnable, dont ils sont les victimes, mais c'est au moins un monde qui donne sens au réel - cela implique donc que le réel vu par le complotiste est absurde, donc que le complot vient pour lui donner un sens, qui ne résout pas le problème général du sens, mais qui le résout au moins sur le plan social et politique, pour l'homme.
Que le complotiste soit en outre manipulé par les instances-relais de la domination qu'il dénonce de manière fantasmatique, s'avère d'autant plus drôle (et cruel) qu'il pense avoir éventé la manipulation, lui être imperméable, dans le moment où il fonctionne de la manière la plus mimétique qui soit, une forme naïve et simpliste, selon laquelle il n'est pas besoin de comprendre pour penser.
Mais selon ce mode de pensée, l'action est inutile, puisqu'elle se résume à empêcher les choses de changer - donc à ne pas agir. L'action devient ainsi superflue, ce qui est un comble pour une pensée critique de l'engagement politique. On peut même conjecturer que la compréhension se trouve remise en doute, à partir du moment où le principe de contradiction est ébranlé au profit de l'inconséquence dérisoire - forcément médiocre.

dimanche 11 décembre 2016

Le futur de l'être

Dieu n'est pas ce qui existe déjà, mais ce qui devrait être représenté comme ce qui est à venir, et qui n'existe donc pas. Le propre du réel n'est pas d'avoir été ou d'être en ce moment (ici et maintenant), ce qui n'est qu'une présence soumise à la négativité ou promise à l'être bientôt. Le plus intrigant est que ce qui est se situe devant, au sens où il n'est pas déjà, mais où il s'avance en promesse indubitable, quoique incertaine. Au sens propre, l'être est un terme impropre, puisque seul l'être au futur existe, un sera aussi nécessaire qu'imprévisible (sa liberté réside dans ce deuxième attribut).
Mais l'être qui est devant n'est pas déjà écrit au futur, ce qui n'a guère plus de sens que la croyance selon laquelle l'être est déjà écrit au passé. Cela signifie tout simplement qu'il n'existe pas d'origine, mais qu'il convient plutôt de supprimer la quête des origines, comme un mythe introuvable - raison pour laquelle on l'a tant cherché et on ne l'a jamais trouvé.
L'être n'existe qu'à l'état de succédané instantané et ne vaut donc que si on le conçoit au futur. Si on le conçoit au passé on recrée une situation qui est artificiellement concevable, mais qui a l'inconvénient majeur de l'isoler, au sens chimique, de la manière complexe dont il se déploie et se manifeste : car l'être ne se manifeste que de manière simultanée et concomitante (cet terme convenant peut-être mieux), selon un processus dans lequel il n'est pas d'être sans l'adjonction de la faculté différente de malléabilité.

mardi 29 novembre 2016

Le réflexe conservateur

Comment expliquer la persistance de l'oligarchie, alors qu'elle est reconnue comme se trouvant inférieure à la république? La question générale serait : comment expliquer que le minimum soit préféré au maximum alors que les deux sont connus et reconnus? Ce constat montre que le modèle général du transcendantalisme, en particulier celui de la métaphysique (le Premier Moteur), est faux. Il insinue que le parfait se situe au commencement et que la suite n'est que dégradation. Si l'on adopte plutôt la conception selon laquelle le minimum est le fondement qui prépare le développement du maximum en constante progression, la persistance de l'oligarchie s'explique : le fondement, s'il n'est pas l'expression du maximum, n'en demeure pas moins le lieu de la certitude, soit du commencement.
On préfère ainsi ce qu'on tient, fort de l'adage selon lequel, s'il est dangereux de lâcher la proie pour l'ombre, c'est qu'il vaut mieux s'assurer de ce qu'on tient plutôt que de ce qu'on peut tenir, fût-ce du plus intéressant ou du supérieur. Ce raisonnement est faux, car il aboutit à préférer le minimum au maximum, ce qui est aberrant. Mais il illustre une mentalité qui amène à préférer la conservation au progrès, fort de l'idée selon laquelle on est sûr de ce qu'on a. Ce raisonnement s'avère faux, au sens où on ne peut conserver ce qui est sauf à aller du minimum vers le maximum.
Le progrès exprime ainsi le seul moyen de conserver un certain état, pendant un certain temps (il n'existe pas d'être définitif ou éternel). Il ne s'agit pas de condamner le conservatisme en politique, puisqu'il peut exister des pensées conservatrices qui intègrent en leur sein des éléments de progrès, tout comme certaines positions progressistes promeuvent à l’examen un progrès des plus réactionnaires (comme l'écologie politique, dont le changement consiste précisménet à en revenir aux commencements de la Nature).
C'est toute cette pensée qui imprègne notre modernité depuis que Descartes l'a théorisée de la manière la plus rigoureuse et admirable qui soit, notamment avec la première preuve par les effets dans sa Troisième méditation (selon laquelle la cause est égale à l'effet, ce qui implique qu'elle puisse lui être supérieure, mais pas inférieure, ce qui est le cas avec Dieu, qui est parfait, alors que sa création est imparfaite).
Dès lors, il est normal que l'on préfère l'oligarchie à la république, car d'un point de vue logique on est amené à préférer la proie à l'ombre. On notera ici que l'ombre ne constitue pas quelque chose d'illusoire, de la même manière que ce qui est faux ne peut exister en tant que tel que s'il bénéficie de la possibilité de se tromper.
Tout cela implique que le réel n'existe jamais de manière nécessaire et unique, mais qu'il se forme au sein d'un champ de possibles, qui s'il n'existe pas à l'état d'alternatives égales à l'hypothèse devenant le réel, doit se former parce qu'il existe autre chose que ed l'être - et même que l'être est fondamentalement cet autre chose, soit de la malléabilité, étant entendu qu'elle n'est pas un autre identique à l'être, mais une faculté venant rendre possible l'avènement en son sein du donné.
Pour en revenir à mes moutons, l'oligarchie fait croire qu'elle s'adosse sur la nécessité implacable. Il n'y aurait pas moyen de changer de possible, puisqu'il n'y en a qu'un seul. 
Alors qu'en fait, notre liberté fondamentale fait que ce n'est pas le seul possible qui s'actualise de manière extérieure à nous, et nous serions seulement soumis à la providence, mais nous disposons de la faculté d'agir pour une certaine part dans nos actions et nous en usons comme d'une 

mercredi 16 novembre 2016

Le nihilisme masqué

La manière de traiter l’infini est révélatrice du taux en nihilisme qui infeste la philosophie depuis les présocratiques. Le nihilisme est présent dans le transcendantalisme, dans la mesure où il est implicite : ainsi du terme d'infini, qui par la négativité qu'il charrie ne renvoie pas à de la positivité, mais à ce qui n'est pas fini.
L'éternité ne se trouve pas définie. Le fait que les philosophes parlent de l'infini ne signifie donc pas qu'ils ne sont pas nihilistes, tant s'en faut. Spinoza, qui est un immanentiste, soit une forme radicalisée de nihilisme selon laquelle il convient de tenir le moins possible compte de l'infini, parle pourtant bel et bien d'infini, quand il avance que Dieu est infini. 
Mais c'est pour dire que l'infini désigne une immanence infinie, qu'on ne saurait définir autrement que sous un autre terme négatif, celui de substance incréée. L'opposition aux religions révélées est patente, et derrière elles, au transcendantalisme comme forme de raisonnement. 
En gros, plus on trouve le terme infini, plus le nihilisme est présent, car cette occurrence implique que la négativité soit présente, signe du nihilisme par excellence. Pour trouver une conception qui ne soit pas imprégnée à des degrés divers par le nihilisme, il faut que la conception de ce qui n'est pas fini, littéralement l'infini, soit proposée. 
Or c'est ce qui n'est jamais le cas dans l'histoire de la philosophe, à l'exception timorée de Platon, qui propose comme définition du non-être l'autre, soit une définition finie qui indique bien qu'il existe autre chose que de l'être, sans expliquer au juste en quoi consiste l’Être. De ce fait, il évite de définir l’Être et ne donne du non-être qu'un aperçu partiel, fini, celui de l'autre. 
Mais le non-être reste présent, et avec usure, dans l'indéfinition de l’Être, qui ressortit bien de la catégorie de la négativité implicite. Pour résoudre ce problème, Platon aurait dû définir vraiment l'infini et ne pas en rester à l’Être, qui n'est jamais qu'un défini masqué et un positif cachant à grand peine en son sein le négatif.



mercredi 2 novembre 2016

A découvert

Et si Dieu ne désignait pas le commencement, car le commencement est une valeur propre à l'être? En ce sens, il faut quitter les représentations rattachées à l'être pour comprendre que Dieu désigne une réalité cohérente. 
Ce que nous renvoie nos sens, c'est une représentation ontocentrique. Il convient de remonter au-delà de la raison, vers la créativité, qui permet d'aller au-delà de l'être.
Si l'être est adjoint en complément à la malléabilité, les conceptions qui lui sont inhérentes deviennent imprécises, à l'image des notions de début et de fin, que l'on définit aisément sur le contenu d'une existence, mais pas l'existence en général, celle de l'être ou du réel. Autrement dit, il faut des limites précises pour définir l'être.
On dit souvent que le propre du réel est d'être dépourvu de limites. Mais on ne comprend pas ce qu'est l'être si on s'en tient à une définition au fond imprécise, voire contradictoire (comme si la supériorité de Dieu était d'être au-dessus du principe de contradiction, ce que défend un Descartes, pilier de la pensée moderne).  
Pour retrouver de la clarté, il faut sortir du transcendantalisme, ce qui revient à congédier la mentalité atavique par laquelle l'homme s'est développé. C'est en ce sens alternatif et constructif que s'ébauche l'hypothèse selon laquelle Dieu désigne la capacité, (re)couvrante et non holistique, qui caractérise le réel. On change alors de perspective, au point que la plupart des conceptions liées au transcendantalisme apparaissent dépassées. 
Le holisme implique l'existence d'un tout. Or le tout ne peut exister que dans le domaine fini. Dans l'infini, terme propre au transcendantalisme, qui par sa négativité indique que la méthode transcendantaliste ne peut penser cette réalité pourtant irréfutable, il fait partie de ces valeurs dépourvues de signification.
Le holisme admet à l'examen qu'il a besoin d'un extérieur pour se maintenir. Donc d'un espace. Un espace qui serait extérieur contredit l'idée du tout, si l'on entend par ce terme tout l'ensemble du réel. 
On mesure à quel point la définition de l'infini pose problème. En particulier, la notion pourtant cardinale l'espace vole en éclats, puisqu'il ne peut y avoir d'extérieur à ce qu'on nomme tout. L’extériorité du tout indique ainsi qu'il existe une extériorité connexe au tout, donc du réel.
Dès lors, le transcendantalisme échoue à expliquer ce que désigne ce qu'il nomme par cette approximation négative d'infini. Un indice supplémentaire que l'explication valable ne fonctionne que dans le domaine du fini.
Reste à expliquer qu'il y ait quelque chose. C'est dire que la reconnaissance négative du fait qu'il y a autre chose que du fini vient expliquer par là même le fini.
Leibniz à l'époque moderne par Leibniz a formulé le problème en en restant à une question, présente un sens qui s'avère spécifiquement métaphysique, au sens où la métaphysique en reste à l'analyse d'ensemble de ce qui est fini.
Dans l'infini, la métaphysique patine, ce qui explique qu'elle présente l'infini comme le négatif. Elle en vient alors à le considérer comme le néant, après avoir tenté de le réduire, avec Descartes, à la valeur de l'indéfini, qui présente comme mérite de demeurer dans les bornes familières du fini.
Quelle valeur l'infini présente-t-il? Le fait qu'il désigne le non-être indique que ce terme intégralement négatif exprime simplement ce que l'être n'est pas - et rien de plus. 
Autrement dit, le non-être, c'est l'infini considéré depuis le point de vue déformé (et ontomorphique) de l'être. Au sens littéral, il peut y avoir quelque chose plutôt que rien si quelque chose est exclusivement entendu comme de l'être. Dès lors, le holisme utilisé libère un espace, qui est investi négativement et qu'un Descartes nommera très conséquemment l'indéfini, avec la volonté de le caractériser selon le point de vue ontologique. 
Mais si le non-être présente de la positivité, ce qu'il reste à expliciter, alors il ne peut pas y avoir quelque chose plutôt que rien, car il ne peut y avoir rien. En effet, la reconnaissance du néant signifierait que l'infini s'exprime dans le cadre d'une conception étendue, selon les termes de l'être. 

Comment est-il possible que le non-être manifeste une idée fausse, qui désigne autre chose que sa présentation? Il faut bien que le faux soit autre chose que le donné (ce qui est) des choses telles qu'elles sont. C'est reconnaître que le terme quelque chose ne signifie pas une chose fixe et intangible, mais une chose dotée de pouvoir flexible, malléable et couvrant. Il convient en outre de préciser que le réel envisagé ainsi renvoie à la propriété ou à la faculté (la malléabilité) plutôt qu'au donné de l'être.
L'impossible n'est pas possible, ce qui signifie que le possible sort de la contradiction, entendue comme état de nature artificiel et initial, et la dépasse. La contradiction ne désigne pas l'impossible, à partir du moment où elle accouche nécessairement du possible - qu'elle engendre la résolution. La contradiction n'existe pas sous une forme indépendante, qu'on pourrait isoler, mais procède d'une recomposition consistant à distinguer le contradictoire et sa résolution - en être.
Dès lors, ce qu'on nomme l’initial ne vaut que dans l'état donné - celui de l'être. Ce qui prend la place de l'initial dans la configuration de l'infini n'est pas le malléable, qui reste une acception donné - mais le pouvoir couvrant, qui n'est pas un état, mais une propriété.
On comprend que la notion de début n'existe pas si elle est corrélée à celle de donné. Il faudrait lui substituer la signification de propriété couvrante, en précisant que les deux notions de contradictoire et d'être sont imbriquées selon le déploiement de la résolution et que, si l'on en reste à ce qui se passe, sans chercher à le décortiquer de manière reconstituée et artificielle, il faut plutôt se rendre compte que l'être surgit immédiatement, de manière concomitante au contradictoire, et non après lui. 


Chaque fois que le domaine de délimitation de l'être est atteint, le propre de la propriété est de susciter la création d'être, de telle sorte qu'il ne peut exister de vide, de rien, de non-être.
Et si ce qu'on n'arrive pas à comprendre est que l'unité est un prisme ontologique? Et si Dieu était, non pas deux, mais pas quelque chose de fixe, dont la concomitance donne l'impression d'unité? Il faudrait alors penser la coexistence au lieu de l'unité et la malléabilité plutôt que l’Être.

vendredi 21 octobre 2016

Le mythe du caché

Ce qui est caché dans le complot peut encore s'expliquer par une mauvaise compréhension des mécanismes qui sont à l’œuvre dans le réel : le caché signifie alors ce qui est mal compris. Mais comment peut-il y avoir du caché durable si l'être fini trouve son complément dans le prolongement transcendant de l’Être? 
Si les deux sont en prolongement, le caché devrait être connu, puisqu'il devient connaissable. Le transcendantalisme n'explique pas pourquoi il y a du caché. Du coup, le domaine humain ne se trouve pas différencié des limites divines. Dès lors, c'est la place des complots qui, s’avérant vague, déborde parfois de ses attributions classiques.
Ce constat prend en compte la mode actuelle du complotisme, qui ne surgit pas par hasard ou de manière  spontanée. Le complotisme ne surgit comme interprétation sursignifiante et donc à tendance paranoïaque La crise traduit qu'une faiblesse apparaît dans l'explication du déroulement des choses, que le schéma général ne parvient à résoudre.
Le défaut était déjà dans l’œuf transcendantaliste, le complotisme ne faisant qu'exacerber le défaut. Ce qu'il faut discerner derrière la protestation bien-pensante contre le complotisme, c'est que le transcendantalisme ne peut condamner ce qu'il pratique lui-même, seulement à moindre mesure et de manière plus contrôlée : il complote, sans savoir pourquoi il le fait, alors que selon ses dires, son bon fonctionnement fait qu'il ne devrait pas en avoir besoin.
Bien que le caché demeure inexplicable, il occupe la principale place du réel - nous ne parvenons à expliquer que fort peu de choses, qui relèvent du fini. Chercher un explication au fait que Dieu est invisible rappelle dans ces conditions que le caché occupe une place qui outrepasse de très loin les attributions du complot.
Ce faisant, le caché n'est pas une catégorie que l'on peut définir clairement. Il correspond plutôt à une définition ad hoc permettant d'expliquer sans grand effort ce qui reste mystérieux et qui plutôt cloche dans l'explication proposée. 
Il explique tout aussi bien qu'il n’explique rien, tout comme Dieu. Au passage, voilà qui ne signifie pas que Dieu n'existe pas, plutôt que le problème qui est derrière Dieu (expliquer par complément notre monde mal connu, mais irréfutable) est mal posé.
Le complotisme intervient dans ce cadre, afin de donner à toute force à l'homme la responsabilité de ses actions et d'expliquer à tout prix ce qui lui arrive. Il dissocie le monde de l'homme du réel, en estimant que ce dernier importe peu, tout bien considéré. 
Cette responsabilisation a au moins l'avantage de proposer une explication. On pourrait estimer qu'on recourt, en lieu et place de l’explication passe-partout et dénuée de sens de Dieu, à l'explication, elle non dénuée de sens, par l'homme, qui déclare que son domaine est délimité.    
L’explication repose sur la volonté : elle réalise l'ensemble des actions. Sans elle il n'est pas possible d'agir. En outre, elle rend possible l'explication sans questionnement, puisqu'elle explique tout, toute en étant inexplicable - ce que Schopenhauer avait bien compris, au point de l'étendre à l'ensemble de l'univers.
Le paradoxe auquel parvient le complotisme est que pour décrypter le caché, il le rétablit, en admettant qu'il existe autre chose que le monde de l'homme. Ce n'est plus l'intelligence qui domine l'homme, mais la volonté. Elle permet d'éviter que l'on fasse sens pour tout élément de réel (ce que, avant Schopenhauer, Descartes savait fort bien et qui lui permit de proposer une explication dont les points faibles se trouvent gommés).
Le refus de l'explication est le moyen paralogique qui permet au raisonnement fallacieux de faire croire qu'il fonctionne - alors qu'il faut exiger de l'explication qu'elle puisse expliquer, sans quoi elle exprime le vice de forme. Le caché aura toutes les chances d'engendrer le complotisme tant qu'on ne reconnaîtra pas que tout ce qui est inconnu peut devenir connaissable, au moins en partie et de manière croissante.
Si l’Être était en homogénéité avec l'être, il ne pourrait être caché. La raison aurait découvert ce qu'il est - étant capable de découvrir ce qui se tient sur le même plan. Voilà qui implique que le réel ne soit pas uniforme, mais fonctionne sur la différence.
Comprendre la différence relève de la faculté nommée créativité, parce que le mouvement de la pensée qui permet de penser la différence consiste à la comprendre en allant de l'avant, seul moyen de comprendre ce qui est caché quand on se tient dans ce qui est ou ce qui est déjà. Le passage dans l'inconnu permet de se rendre compte que l'être ne peut survenir qu'en s'appuyant sur une propriété différente, qui est la faculté de malléable.
Ce que fait apparaître le complotisme, c'est le problème du caché, qui est le problème sous-jacent à l’ensemble du transcendantalisme. Peu importe que le complotisme en lui-même ne comporte guère d'intérêt et de cohérence. Il est amené à fleurir dans les périodes de crise du sens, tant que l'on n'aura pas remplacé le transcendantalisme par quelque chose qui empêche le mythe du caché pérenne - possédé par quelques initiés aussi supérieurs que malfaisants.
C'est ce caché qu'il convient de clarifier, non pas ce que l'on classe dans le caché parce qu'il est mal compris, mais ce qui est destiné à resté caché de notre intelligence, puisque ce qu'on nomme Dieu dans le transcendantalisme signifie ne pouvoir être aperçu, entendu ou compris des faibles moyens de l'homme.
Le caché constitue le moyen de rendre plausible ce que le transcendantal ne parvient à expliquer. Il est temps de dénoncer cette faiblesse et de se demander ce que serait l'explication qui rendrait le caché marginal - un caché provisoire et qui ne peut exister sans le visible. La  question est : puisque le caché est absurde dans un schéma homogène, comment expliquer ce qui est caché autrement que par cette mauvaise interprétation?
Et si le caché n’existait pas, en tout cas sous cette forme reçue, il faudrait presque dire : cette emprise? Voilà qui expliquerait pourquoi on ne l'aperçoit pas : parce qu'il n'existe pas. 
Ce que l'on prend pour le caché, c'est ce qui est différent et de ce fait ne peut être aperçu. Le caché part du principe selon lequel on vivrait dans un réel homogène, quoique incompréhensible. Tout bien considéré, rien ne prouve ce postulat; par contre, tout indique que l'on ne comprend pas le réel, non pour la raison qu'il nous est inexplicable bien qu'identique, ce qui pour le coup relèverait de l'inexplicable; mais parce qu'il est constitué de deux textures différentes.